Ă tous ceux que je croise, ici et lĂ , qui sâĂ©tonnent gracieusement de ne mâavoir jamais lu et me promettent de le faire dans une autre vie.
D L
France
Zulma Poche, 2025
144 pages
ISBN : 979-10-387-0357-5
Grasset, 2023
Trouver en librairieJâai voulu savoir comment les choses sâĂ©taient passĂ©es dans cette vie oĂč je nâai pas cessĂ© de bouger, souvent malgrĂ© moi. Toutes ces villes oĂč jâai vĂ©cu (Port-au-Prince, Petit-GoĂąve, MontrĂ©al, New York, Miami, Paris, et jâose imaginer Tokyo aussi), assez pour les intĂ©grer en moi sans me rĂ©duire Ă une seule. Je suis passĂ©, Ă peine Ă©tonnĂ©, du sud au nord, du rhum au vin, de lâĂ©tĂ© Ă lâhiver, jusquâĂ me changer en cerisier en fleur. Jâai franchi clandestinement les frontiĂšres de classes, de races ou encore celles qui sĂ©parent un pays dâun autre. Jâai accumulĂ© diverses expĂ©riences au fil des jours ensoleillĂ©s ou pluvieux, mais je nâavais pas encore Ă©valuĂ© ce parcours. LâĂ©tĂ© dernier, dans un hĂŽtel de BornĂ©o, jâai dĂ©couvert sous forme de rĂ©flexions fulgurantes, de haĂŻkus langoureux, de descriptions hĂątives dâun lieu, dâune situation ou dâun Ă©tat dâesprit, ce qui sâĂ©tait passĂ© dans ma vie durant ce dernier demi-siĂšcle. Pour finalement dĂ©couvrir que ces petites notes, comme des touches de couleur, dessinent un autoportrait naĂŻf comme ces dessins dâenfant qui mâĂ©meuvent tant. Ce livre mâaura pris plus de temps quâaucun autre car il les contient tous.
â Dany LaferriĂšre, extrait du prologue

Regard sur l’Ćuvre
â Ali Baddou, La matinale de 8h20 sur France Inter
23 octobre 2023
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Un savoureux ouvrage Ă©crit en vers libres, mi-poĂšmes, mi-aphorismes. Dany LaferriĂšre sâinspire de BashĆ, poĂšte japonais, et convoque Valery Larbaud. On boit ses maximes comme on entre dans ses rĂȘveries. Sont-ce des leçons de vie? On peut les prendre comme telles. LaferriĂšre est un artiste du bref qui en dit long.
â Mohammed AĂŻssaoui, Le Figaro
18 octobre 2023Dany LaferriĂšre ou lâart de mĂȘler la poĂ©sie au rĂ©cit
ENTRETIEN – âLâĂ©crivain publie Un certain art de vivre , savoureux ouvrage Ă©crit en vers libres, mi-poĂšmes, mi-aphorismes.
Dany LaferriĂšre a touchĂ© Ă tous les genres, du rĂ©cit au conte en passant par le roman dessinĂ©. La forme poĂ©tique Ă©tait prĂ©sente dans Chroniques de la dĂ©rive douce et LâĂnigme du retour(prix MĂ©dicis). Il publie un savoureux ouvrage Ă©crit en vers libres, mi-poĂšmes, mi-aphorismes. Il sâinspire de BashĆ, poĂšte japonais, et convoque Valery Larbaud. On boit ses maximes comme on entre dans ses rĂȘveries. Sont-ce des leçons de vie? On peut les prendre comme telles. LaferriĂšre est un artiste du bref qui en dit long.
LE FIGARO. – Vous avez touchĂ© Ă toutes sortes de registres. Comment est nĂ©e la forme dâUn certain art de vivre qui ressemble Ă un recueil de poĂ©sie?
Dany LAFERRIĂRE.- Jâai toujours cherchĂ© Ă mĂȘler la fiction Ă la rĂ©flexion. Il mâa semblĂ© quâon peut penser et rĂȘver Ă la fois, deux excitants qui me poussent Ă Ă©crire. Jâai un goĂ»t pour ces brefs textes espacĂ©s, qui se suivent comme ces pas quâon trouve dans les jardins japonais, invitant Ă danser plutĂŽt quâĂ marcher. La dĂ©nomination de roman, rĂ©cit, poĂ©sie, conte, ne me dit pas grand-chose. Cet extrait explique pourquoi jâai adoptĂ© cette forme fragmentaire:
Il faut tenir compte en Ă©crivant du fait que le lecteur arrĂȘte parfois de lire sans toutefois fermer le livre.On doit Ă©viter de parler alors par-dessus son silence.
Comment expliquez-vous «lâintrusion» de la poĂ©sie dans toutes les formes littĂ©raires?
On ne pourrait pas lire ces rĂ©cits sâil nây avait pas ce feu intĂ©rieur. Il ne faut pas y voir une forme mais une nĂ©cessitĂ©. Je me souviens dâun lĂ©ger ennui Ă lire Guerre et Paix jusquâĂ lâapparition de Natacha. Lâimpression de voir un sous-marin faire surface. JusquâĂ ce moment tout Ă©tait comme lointain, assourdi. Ce nâĂ©tait plus le roman dâun vieux barbu, mais celui dâun gamin facĂ©tieux. Câest la vie au prĂ©sent.
La poĂ©sie mâaide Ă faire le lien
entre cette douleur qui me déchire
et le subtil sourire de mon pĂšre.Dans votre livre, le narrateur lit Les PoĂ©sies de A.O. Barnabooth, de Larbaud, recueil dans lequel lâĂ©crivain ne cesse de se masquer et de se dĂ©masquer: câest votre entreprise, aussi?
Le lecteur ne vit pas dans le mĂȘme espace, ni le mĂȘme temps, que lâĂ©crivain. LâĂ©crivain navigue souvent Ă vue. Il a peut-ĂȘtre un rĂ©cit en tĂȘte, mais les mots sont tĂȘtus, et les personnages refusent de lui obĂ©ir. Cette harmonie qui plaĂźt parfois au lecteur est obtenue en matant des rĂ©volutions de palais, en traversant des champs de dĂ©pressions, de frustrations, des zones de fiĂšvres, en nĂ©gociant, en trichant, en trahissant, pour sortir, hagard, de ce combat. Si câĂ©tait une simple affaire de masquesâŠ
Je note que la plupart des gens veulent savoir
ce que lâautre cache alors que je me contente
de ce quâil tente de me faire voir.La poĂ©sie est-elle seulement lâart du bref, ou quelque chose qui colle Ă notre Ă©poque?
Jâai toujours lâimpression que câest trop long, quâon pourrait dire nos Ă©motions de maniĂšre plus rapide. RĂ©sumer en trois mots trois pages ne change pas forcĂ©ment le temps de lecture. Ce mince livre mâaura pris plus de temps que tout autre, car il les contient tous. Jâai toujours peur de coller Ă une Ă©poque, car toutes les Ă©motions se retrouvent dans une vie, comme dans un temps. Si ceux qui partagent les mĂȘmes idĂ©es restent groupĂ©s, cela ne fait pas forcĂ©ment une Ă©poque. Le mot savon sâest glissĂ© ici pour tout bousculer. Jâen ai Ă©tĂ© le premier Ă©tonnĂ©. « BashĆ envisage la marche comme une façon/de se laver de toute la crasse de la rĂ©alitĂ©./Le haĂŻku Ă©tant un petit savon bon marchĂ©.»
Vous parlez de la dĂ©couverte de «haĂŻkus langoureux», comme dâune rĂ©vĂ©lation de ce qui sâĂ©tait passĂ© dans votre vie?
Je sais quâil y a des liens entre le Japon et HaĂŻti. Ce sont deux Ăźles qui ont connu des tremblements de terre, et oĂč la culture populaire est trĂšs puissante. Pour BashĆ, on aurait intĂ©rĂȘt Ă suivre le rythme des chants des paysans, et les chants du vaudou mâintĂ©ressent par cette rapiditĂ© qui nâexclut pas la fluiditĂ©. Jâajoute «langoureux», cette particularitĂ© tropicale. Je rejoins BashĆ mais en suivant le balancement du hamac.
Le hamac, cette invention prĂ©colombienne qui en dit long sur le degrĂ© de raffinement dâune sociĂ©tĂ© qui prĂ©conise de passer sa vie Ă faire la sieste.
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Une lecture vivement conseillĂ©e Ă tous ceux qui souhaitent trouver une maniĂšre dâhabiter pleinement le monde, et surtout dâapprĂ©cier la vie et ses petites beautĂ©s quotidiennes.
â Osman JĂ©rĂŽme
28 décembre 2025
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Un concentrĂ© de vie, un art littĂ©raire de lâĂ©motion. Il faut vivement conseiller cet opus qui, loin d’avoir le poids de la somme, a tout du concentrĂ© d’une Ćuvre, avec une Ă©criture qui trouve ici un point d’acmĂ©.
â ValĂ©rie Marin La MeslĂ©e, Le Point
9 novembre 2023Son nouveau livre est un concentrĂ© de vie, un art littĂ©raire de l’Ă©motion.
Avec un certain art de la provocation souriante, Dany LaferriĂšre, prĂ©sent Ă Brive, dĂ©die son nouveau livre, Un certain art de vivre, Ă ceux qui ne l’ont pas lu mais lui promettent de  » le faire dans une autre vie « .Ă ces derniers, il faut vivement conseiller cet opus qui, loin d’avoir le poids de la somme, a tout du concentrĂ© d’une oeuvre, avec une Ă©criture qui trouve ici un point d’acmĂ©.  » Je n’Ă©cris que sur moi. N’Ă©tant pas toujours le mĂȘme. «Â
Tout y est art, le mot ouvrant chaque chapitre : art des choses dĂ©cousues, de la rĂ©pĂ©tition, de la chronique et, pour conclure, art de vivre bien sĂ»r. Celui de l’acadĂ©micien n’est pas exempt de mĂ©lancolie, mais sa soeur-vie, survie, l’Ă©criture, veille. Ainsi, les rĂ©flexions inspirĂ©es dans leur forme par le maĂźtre de LaferriĂšre, Basho, sont reliĂ©es par un personnage (son absence plutĂŽt) et un lieu : BornĂ©o, oĂč sĂ©journe le narrateur, pour vivre  » sa douleur en solo  » aprĂšs sa rĂ©cente rupture avec Hoki. Pour seul compagnon, il a choisi le Barnabooth de Valery Larbaud.
Autoportrait.Le poĂšte-penseur, qui partage lĂ son  » art de pisser parmi les fleurs « , de  » partir en sifflotant  » ou encore de  » quitter la fĂȘte « , s’incarne en celui qui, guettant la joie aprĂšs la peine, prend appui sur les mots pour se relever. Par petites touches, cette tentative avouĂ©e d’autoportrait naĂŻf le ramĂšne Ă sa mĂšre, Ă son enfance, Ă ses livres (en quatre lignes nous voici enveloppĂ©s dans L’Odeur du cafĂ©), Ă son exil, Ă la migration, doux souvenirs et rĂ©flexions graves. DrĂŽles, aussi. Ce quatrain dit mieux que tous les autres ce livre :  » Descendre au plus profond de soi/ pour rapporter cette parole mĂ©ditĂ©e/ qui nous permettra de circuler partout/ dans un grand goĂ»t des autres, tout/ en nous Ă©vitant de devenir un vieux sage. «Â
Donner un sens Ă sa vie selon l’auteur ?  » Trouver son bonheur sans ajouter Ă la douleur du monde.  » Et la clĂ© pour le lire ?  » L’Ă©motion annule le temps. «Â
Un certain art de durer est aussi Ă l’oeuvre.  » En faisant de quelqu’un un immortel, on le rend plus mort que jamais. « Allusion aux dix annĂ©es (dĂ©jĂ !) passĂ©es sous la Coupole ? On en doute fort, tant sous la main de l’acadĂ©micien la page vive respire
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Il y a de la fulgurance et de la lumiÚre. Sa sincérité se partage et se savoure.
â La dĂ©pĂȘche du midi
12 novembre 2023Le plus dur, c’est de faire court ! Pour ne pas lasser ni perdre son lecteur. Ă ce jeu, Dany LaferriĂšre prend ici une longueur d’avance, et comme un peintre impressionniste, il se dĂ©couvre, se confie, se livre. On partage ainsi ses pensĂ©es intimes et ses joies. Il y a de la fulgurance et de la lumiĂšre. Sa sincĂ©ritĂ© se partage et se savoure par le biais de ces haĂŻkus Ă©crits en l’honneur et en rĂ©vĂ©rence-rĂ©fĂ©rence d’un de ses maĂźtres, Basho. HaĂŻkus que chacun peut faire siens, pour Ă son tour Ă©laborer son petit prĂ©cis d’art de vivre !
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â Patrick Simonin, LâinvitĂ© de TV5Monde.
15 novembre 2023
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Le narrateur plongĂ© dans une mĂ©lancolie amoureuse s’attarde sur ces petits plaisirs simples qui font la beautĂ© de la vie et le rapport au temps. â Augustin Trapenard, La Grande Librairie
29 novembre 2023
La Grande Librairie · 29 novembre 2023
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En une suite de courts et vifs chapitres, LaferriĂšre nous livre un texte d’une profonde sagesse, oĂč se mĂȘlent subtilement tous les temps de l’existence.
â Muriel Steinmetz, lâHumanitĂ©
7 décembre 2023Avec Dany LaferriÚre, sur la pointe des pieds
L’auteur, en une suite de courts et vifs chapitres, nous livre un texte d’une profonde sagesse, oĂč se mĂȘlent subtilement tous les temps de l’existence.
Dany LaferriĂšre, nĂ© en HaĂŻti, vit au QuĂ©bec. Il cultive la formule ramassĂ©e, en digne hĂ©ritier du Japonais du XVIIe siĂšcle BashĂŽ, maĂźtre du haĂŻku, qu’il cite volontiers. Celui qui dit « je » s’est rĂ©fugiĂ© dans un hĂŽtel de BornĂ©o. Il y rumine sa rupture avec Hoki, femme aimĂ©e aux « yeux en lame de rasoir », « plus vive que l’esturgeon hors de l’eau ». Les chapitres se succĂšdent Ă toute vitesse. L’auteur Ă©voque le 88 de la rue Lamarre, Ă Petit-GoĂąve (HaĂŻti). Il donne des conseils de lecture. Exemple : remĂącher chaque jour un ou deux vers jusqu’Ă ce qu’ils vous entrent dans les chairs.
Dany LaferriĂšre rassemble ici ses goĂ»ts : celui du cafĂ© hĂ©ritĂ© de sa grand-mĂšre, celui de la couleur jaune, des terrasses et des fenĂȘtres oĂč regarder passer le monde, celui des autres et celui des mots. L’Ă©criture bruisse des douleurs tues qui se retirent « sur la pointe des pieds » car il faut bien faire une pause, sinon on devient fou.
On revoit la « vieille Remington 22 » (premiĂšre machine Ă Ă©crire du futur Ă©crivain) et une Buick noire qui stationne au coin d’une rue⊠Les temps se mĂ©langent en une mĂȘme phrase et toujours l’emporte l’envie de jouir de la vie, en gros et en dĂ©tail, jusqu’aux pattes d’une araignĂ©e bleue ou un gros flocon qui fond dans l’oeil, tandis qu’ « Ă force de vivre sans reflet », celui qui dit « je » ne se reconnaĂźt plus.
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LaferriĂšre est un sage qui se passionne pour lâinutile. Et cet inutile est essentiel.
â Guy Duplat, La libre
20 dĂ©cembre 2023Leçons de vie dâun sage couchĂ© dans sa baignoire
Pour son 37e livre, lâĂ©crivain et acadĂ©micien dâorigine haĂŻtienne Dany LaferriĂšre sâest fait poĂšte et philosophe. Un livre court, composĂ© de pensĂ©es sous forme de haĂŻkus, ces poĂšmes de quelques lignes seulement que les Japonais vĂ©nĂšrent, âdes rĂ©flexions fulgurantes, des haĂŻkus langoureuxâ, promet lâĂ©crivain.
Il nous amĂšne Ă BornĂ©o, oĂč il se remet avec peine dâune rupture avec Hoki en buvant du rhum les rideaux tirĂ©s. Par petites touches elliptiques, il revient sur sa vie. âJâai voulu savoir, dit-il, comment les choses sâĂ©taient passĂ©es dans cette vie oĂč je nâai pas cessĂ© de bouger, souvent malgrĂ© moi. Toutes ces villes oĂč jâai vĂ©cu (Port-au-Prince, Petit-GoĂąve, MontrĂ©al, New York, Miami, Paris, Tokyo) assez pour les intĂ©grer en moi sans me rĂ©duire Ă une seule. â
De cet exercice, il rĂ©ussit Ă faire surgir un bel âautoportrait naĂŻf comme ces dessins dâenfant qui š[lâ]Ă©meuvent tant.â
Il a divisĂ© son livre en chapitres intitulĂ©s pour chacun â Lâart deâŠâ : Lâart de vivre Ă lâhorizontale, Lâart du dĂ©clin, Lâart des couleurs, etc. Formant, au total, Un certain art de vivre , comme lâannonce le titre du livre.
Il explique avoir choisi de lire dans sa baignoire. Lâeau chaude lui permet de âfuguerâ par lâimagination et la rĂȘverie : âSa main douce sur mon front apaise la fiĂšvre. Je somnole entre aube et crĂ©puscule. Et dors le reste du temps.â
Lâart du bref
Dans cet art du bref quâil pratique avec humour, Dany LaferriĂšre papillonne dâun sujet Ă lâautre. Il parle ainsi littĂ©rature pour souligner Ă juste titre que âle mauvais lecteur cherche Ă se dĂ©barrasser de tout ce qui ne ressemble pas Ă ce quâil a dĂ©jĂ luâ.Il prĂŽne la surprise, lâinconnu, ce que sa mĂšre, Ă©crit-il, avait bien compris quand elle lui avait expliquĂ© la sensation Ă©trange quâelle avait Ă la lecture des livres de son fils : âOn rencontre un inconnu et on croit le connaĂźtre, on croise quelquâun quâon connaĂźt trĂšs bien et qui nous jette un regard Ă©trangerâ.
Il compare toutes les nuits de sa vie quâil a passĂ©es âĂ frotter les phrases les unes contre les autresâ Ă faire un feu en forĂȘt en frottant des pierres.
Ă BornĂ©o, il Ă©crit que âle ciel est devenu si bas que nâimporte qui est capable de dĂ©crocher une Ă©toile pour la piĂ©tiner Ă sa guiseâ.
Ă la maniĂšre des Maximes de La Rochefoucauld, il se fait moraliste de ses contemporains, soulignant par exemple quâon â nâĂ©coute plus depuis un moment les gens qui nous parlent, mais on observe attentivement ceux qui ne sâadressent pas Ă nousâ.
Dany LaferriĂšre, nĂ© en 1953 Ă Port-au-Prince, a beau ĂȘtre devenu âimmortelâ depuis son Ă©lection Ă lâAcadĂ©mie française en 2013, il entame la derniĂšre ligne droite de sa vie, ses haĂŻkus sont empreints de mĂ©lancolie mais aussi de foi en lâart qui âest bien la seule tentative de rĂ©ponse sĂ©rieuse Ă notre angoisse face Ă ce monstre insatiable quâest le tempsâ. âComprenant que la vie est une autoroute, je tente vainement dâen sortir en prenant le mauvais chemin au bon moment.â
Seul dans sa chambre dâhĂŽtel, il dit Ă son image dans le miroir : âDe grĂące, laissez-moi pleurer dans la nuit sans savoir pourquoiâ.
Il rappelle le vers de Neruda âEntre vivre et mourir, je prĂ©fĂšre la guitareâ. LaferriĂšre est un sage qui âse passionne pour lâinutileâ. Et cet inutile est lâessentiel.
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Ce recueil est une fĂȘte, Ă©lĂ©gant, sans chichi, subversif.
â Karin Cherloneix, Ouest France
21 dĂ©cembre 2023Un homme prend plaisir Ă Ă©voquer la femme adorĂ©e, lâodeur du cafĂ© de son enfance dans un village haĂŻtien, la couleur du ciel. Loin du tumulte du monde, lâĂ©crivain parle de sentiments universels, de sensations que chacun connaĂźt. Des textes trĂšs courts, quâon relit en savourant chaque mot. Ă lâimage de lâAcadĂ©micien en costume et baskets plongĂ© dans sa baignoire qui pose sur la couverture, ce recueil est une fĂȘte, Ă©lĂ©gant, sans chichi, subversif.
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Ses haĂŻkus dĂ©chirants sont les chants les plus beaux, qui agrĂšgent la brĂ»lure de l’Ă©ternel exil au temps toujours vivant et heureux de l’enfance haĂŻtienne. Avec cette forme de naĂŻvetĂ© tendre et ronde, qui est le graal du poĂšte.
â La Vie
21 décembre 2023La Vie aime : beaucoup
La douleur le dispute Ă l’Ă©lĂ©gance. L’Ă©crivain acadĂ©micien Dany LaferriĂšre est parti au bout du monde, Ă BornĂ©o, cuver un chagrin d’amour. Ses haĂŻkus dĂ©chirants sont les chants les plus beaux, qui agrĂšgent la brĂ»lure de l’Ă©ternel exil au temps toujours vivant et heureux de l’enfance haĂŻtienne. Avec cette forme de naĂŻvetĂ© tendre et ronde, qui est le graal du poĂšte.
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Un livre bouleversant d’Ă©lĂ©gance.
â GrĂ©goire LemĂ©nager, Lâobs
18 janvier 2024Un seul ĂȘtre lui manque, et il faut continuer. Dans les haĂŻkus qui composent ce petit traitĂ© de survie en phase mĂ©lancolique, Dany LaferriĂšre dit tout : l’exil loin d’HaĂŻti et de l’enfance, le gĂ©nie de Borges, l’art qui « n’arrive que si on met sa culture en danger », et mĂȘme « le seul sens/ Ă donner Ă sa vie/ trouver son bonheur sans ajouter/ Ă la douleur du monde ». Mais ce tout n’est pas tout : une nommĂ©e Hoki l’a quittĂ©, son fantĂŽme hante chaque page. « Je sais oĂč cacher ma douleur/ mais j’ignore ce qu’elle fera/ de moi », note LaferriĂšre. A la lecture, c’est Ă©vident : elle a fait de lui un livre bouleversant d’Ă©lĂ©gance
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Un recueil de poĂ©sie contemporaine oĂč chacun peut plonger Ă sa guise et trouver ce qui lui convient.
â Jean-Louis Rossini, Libraire (Le ProgrĂšs Lyon)
22 janvier 2024Maximes, rĂ©flexions, pensĂ©es ou aphorismes constituent la trame de ce recueil de poĂ©sie contemporaine oĂč chacun peut plonger Ă sa guise et trouver ce qui lui convient. Les rubriques, qui vont de lâart de se vendre en dĂ©tail Ă celui des choses dĂ©cousues, sont plutĂŽt percutantes. Confinant parfois Ă lâabsurde, elles sont empreintes de subtilitĂ© et dâune grande finesse.
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Un peu comme le lecteur plongé dans ces petits poÚmes en prose, comme autant de pastilles de réglisse.
â FrĂ©dĂ©ric PagĂšs, Canard enchaĂźnĂ©
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Au total, un portait réjouissant, un agréable compagnon pour une étape du voyage, insolite et tendre, profond. Un vrai art de vivre.
â Corse matin
1 mars 2024Si vous voulez apprendre Ă devenir un cerisier en fleurs, achetez donc le dernier livre de Dany LaferriĂšre, ci-devant haĂŻtien, romancier, immortel. Lisez ses rĂ©flexions, le fruit de ses mĂ©ditations, de ses souvenirs dĂ©cantĂ©s, de ses lectures, quâil a charitablement trimbalĂ©s Ă travers les mondes, les continents et les classes sociales. Dâautres en seraient ressortis Ă©trillĂ©s, sans repĂšres, amers, vidĂ©s. De sa vie, il a forgĂ© une Ćuvre. Il y habite, la perfectionne, y invite ses lecteurs, ses amis. Et ponctue les sĂ©jours effectuĂ©s chez lui de commentaires vivants, toniques, positifs – non quâil croie fĂ©rocement au progrĂšs ou soit bĂ©at dâadmiration devant lâinstant prĂ©sent – ou devant lui -, mais il est ainsi, disponible, heureux de vivre et soucieux surtout de raconter. Un certain art de vivre est bien un manuel sinon pour apprendre Ă vivre, du moins pour apprendre Ă ne pas se laisser aller. Et pour apprendre sinon Ă Ă©crire du moins Ă se comporter par rapport Ă lâĂ©criture : « Lâart nâarrive que si on met sa culture en danger » : voilĂ un trĂšs utile secret. Au total, un portait rĂ©jouissant, un agrĂ©able compagnon pour une Ă©tape du voyage, insolite et tendre, profond. Un vrai art de vivre.
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Le livre se savoure comme un cocktail ensoleillĂ©, tonique, joyeux. Une Ă©criture incandescente, riche de poĂ©sie, de savoir et d’expĂ©rience, Ă savourer pleinement.
â Marie-France Bornais, Journal de MontrĂ©al
9 mars 2024Ăcrivain extraordinaire, homme de tĂȘte et homme de coeur, Dany LaferriĂšre fĂȘte cette annĂ©e ses 50 ans d’Ă©criture. Il s’accorde une formidable libertĂ© crĂ©ative et la partage avec ses lecteurs dans son nouvel opus, Un certain art de vivre. Le livre, composĂ© de rĂ©cits brefs, de rĂ©flexions, de haĂŻkus, se savoure comme un cocktail ensoleillĂ©, tonique, joyeux. On le lit et on le relit, en y dĂ©couvrant toujours un petit quelque chose de plus, une subtilitĂ©, un trait d’humour, un brin de nostalgie, une vie derriĂšre les mots. Une Ă©criture incandescente, riche de poĂ©sie, de savoir et d’expĂ©rience, Ă savourer pleinement.
En entrevue par courriel peu avant de rentrer au QuĂ©bec pour quelques jours, Dany LaferriĂšre explique ce qu’il avait envie de partager avec ce nouveau projet.
«Cela fait un moment que je ne cherche plus qu’Ă faire converser mes livres entre eux. S’ils donnent l’impression d’ĂȘtre clairs, sobres, dĂ©pouillĂ©s mĂȘme, en rĂ©alitĂ© grouillent sous la surface lisse des phrases des vies minuscules rythmĂ©es par une musique intime.
«Il n’y a pas de nouveau projet, c’est une succession de vagues qui viennent mourir sur la page. De plus en plus, l’Ă©criture mange la part du rĂ©cit, d’oĂč ce goĂ»t du haĂŻku, cette forme brĂšve qui m’est venue par le sakĂ©.»
Cette fois, il n’y a pas d’illustrations, pas de dessins, pas d’Ă©criture manuscrite. Pourquoi donc ?
«C’est Ă©trange car quand j’ai commencĂ© Ă faire des livres oĂč les couleurs se mĂȘlaient au texte, on s’Ă©tonnait de cette nouvelle maniĂšre d’Ă©crire. Et certains me le reprochaient tout en souhaitant un retour Ă la premiĂšre forme. Aujourd’hui on s’Ă©tonne de ne pas voir de dessins dans mes derniers livres. Cela me conforte dans l’idĂ©e que l’Ă©crivain ne doit pas toujours Ă©couter ce que dit la rumeur.»
LA PLUS GRANDE LIBERTĂ
Dany LaferriĂšre confirme qu’il s’est accordĂ© la plus grande libertĂ© crĂ©ative.
«Je nage, il est vrai, avec une plus grande libertĂ© dans cette mer d’encre, au fur et Ă mesure que je m’Ă©loigne de la plage. Je ne sens plus la page sous mon ventre », rĂ©pond-il.
«LĂ©ger que je suis comme une bulle d’air. Tout cela est dĂ» au temps qui m’enveloppe depuis que je ne compte plus les annĂ©es. Il arrive toujours ce moment oĂč le temps s’efface pour cĂ©der la place au dĂ©sir. Ainsi je retrouve le jeu libre de l’enfance.»
UN HOMME SAGE
En lisant son texte, on dĂ©couvre beaucoup d’authenticitĂ©, de la rĂȘverie, de la nostalgie, de l’humour aussi. Dany LaferriĂšre est un sage. Mais est-il sage ou moins sage avec les annĂ©es ?
«Aussi sage, j’espĂšre, qu’un enfant qui ignore toute contrainte, jusqu’Ă celle du sommeil. La vie devient un long ruban sans fin qui ne connaĂźt ni jour ni nuit. Et l’endroit oĂč l’on se trouve a de moins en moins d’importance. On habite notre sensibilitĂ© qui varie au moindre souffle du vent. Tout ce qui reste, ce sont nos Ă©motions, nos sensations et nos sentiments. Je brise toutes les frontiĂšres, surtout celles qu’on dresse devant moi, soi-disant pour me protĂ©ger.»
50 ANNĂES D’ĂCRITURE
Cette annĂ©e, l’AcadĂ©micien fĂȘte ses cinquante annĂ©es d’Ă©criture, en comptant les annĂ©es passĂ©es dans la presse haĂŻtienne. La littĂ©rature lui a apportĂ© beaucoup.
«J’ai toujours vĂ©cu avec des livres, et dĂšs que j’ai su reconnaĂźtre les lettres magiques de l’alphabet, je les ai ouverts pour passer de l’autre cĂŽtĂ©. Et mon Ă©merveillement Ă©tait sans fin.»
Au cours de toutes ces annĂ©es, il a Ă©tĂ© inspirĂ© par «le goĂ»t de traverser le miroir comme l’enfant qui enjambe la fenĂȘtre en emportant avec lui l’alphabet ».
«Et plus tard, la joie de quitter ce monde Ă tout bout de champ par la magie de l’Ă©criture, puis de revenir, dĂ©goulinant d’encre et de sueur, pour ĂȘtre accueilli par mes amis. Il y a eu cette Ă©poque lointaine oĂč je lisais et Ă©crivais afin de rencontrer des gens.»
Des projets pour les prochaines semaines ?
«Je n’ai pas de projet. Je ne vis que pour attraper l’instant. C’est une chasse aussi Ă©prouvante que celle de la baleine blanche de Melville, l’ami de Victor LĂ©vy-Beaulieu.»
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Câest un art que celui de la citation, et Dany LaferriĂšre le pratique allĂšgrement dans tous ses livres avec les autres Ă©crivains, car il est vraiment un trĂšs grand lecteur.
â Chantal Guy, La Presse
12 mars 2024La musique LaferriĂšre
LâĂ©crivain sait-il jamais par quelle porte un lecteur entre dans son univers ? Dany LaferriĂšre dĂ©die Un certain art de vivre, en librairie ce mardi, à « tous ceux que je croise, ici et lĂ , qui sâĂ©tonnent gracieusement de ne mâavoir jamais lu et me promettent de le faire dans une autre vie ».On y retrouve la forme brĂšve quâil pratique depuis toujours, comme dans Chronique de la dĂ©rive douce, son sixiĂšme livre publiĂ© en 1994, qui a Ă©tĂ© personnellement ma porte dâentrĂ©e magnifique chez LaferriĂšre. Sauf que le temps a passĂ© sur le narrateur dâUn certain art de vivre, qui revient sur son parcours, avec en filigrane le souvenir lancinant de Hoki, la femme quâil a aimĂ©e. Comme dâhabitude, je lâai bien sĂ»r lu dans mon bain, puisque Dany fait lâĂ©loge de la lecture en eau chaude.
Tout lecteur qui frĂ©quente depuis longtemps lâĂ©criture de Dany LaferriĂšre reconnaĂźtra ici quelques phrases et formules croisĂ©es dans ses propres livres. Chez dâautres, on pourrait parler de recyclage, mais chez LaferriĂšre, il ne faut jamais oublier combien il aime retourner sur ses pas, et quâil a quand mĂȘme retouchĂ© il y a plusieurs annĂ©es les livres qui forment ce quâil appelle son Autobiographie amĂ©ricaine.
Ăa fait partie du jeu, de son style, et Un certain art de vivre, Ă©crit-il, «mâaura pris plus de temps quâaucun autre».
« Dans ma premiĂšre version, je nâavais pas mis de phrases anciennes et aprĂšs, jâai pensĂ© que ce ne serait pas bien, explique-t-il. Mon art dâĂ©criture est fait beaucoup dans la rĂ©pĂ©tition, câest la roue qui pour avancer doit tourner sur elle-mĂȘme. Câest aussi lâidĂ©e de la fugue en musique qui pour moi est extrĂȘmement intĂ©ressante. En musique, cette idĂ©e est acceptĂ©e, mĂȘme quâon veut que les musiciens reprennent leurs chansons quand ils font un concert, câest une bataille pour quâils ne fassent pas de nouveautĂ©s ! Ce qui mâintĂ©resse est de prendre une idĂ©e et de la mettre dans des contextes extrĂȘmement diffĂ©rents, ce qui prend une tout autre allure. De la mĂȘme façon, quand on relit un livre, ce nâest plus le mĂȘme livre. »
Pour Dany LaferriĂšre, il nây a rien de plus Ă©mouvant que cette phrase populaire que nous finissons inĂ©vitablement par rĂ©pĂ©ter : Ma mĂšre disait toujours⊠« Ăa veut dire que jâai Ă©coutĂ© ma mĂšre toujours dire ça, je ne mâen suis pas lassĂ©, ou bien encore ma mĂšre mâa cassĂ© les oreilles, mais maintenant je commence Ă entendre ce quâelle disait. »
De toute façon, « lâidĂ©e de la rĂ©pĂ©tition impossible » est trĂšs bien illustrĂ©e dans la nouvelle Pierre MĂ©nard, auteur du Quichotte de Jorge Luis Borges, lâun de ses plus grands modĂšles quâil aime citer depuis longtemps. Une idĂ©e dissĂ©minĂ©e partout dans Un certain art de vivre, oĂč lâon peut lire : « Je nâĂ©cris que sur moi. NâĂ©tant pas toujours le mĂȘme », ou bien ceci :
Je suis cet enfant qui change
Tout le temps ses histoires.
Aucun respect pour les formes.
Aucune loyauté envers les faits.
Et la logique en prend parfois
Pour son grade.Chez Dany LaferriĂšre, la figure de lâenfant revient sans cesse, avec son talent pour lâart naĂŻf, ce quâil nâa pas hĂ©sitĂ© Ă faire dans ses romans dessinĂ©s, Ă la surprise de plusieurs. Dâailleurs, je nâen reviens pas quâil ait 70 ans, car pour moi Dany aura toujours 12 ans en nâayant jamais perdu cette capacitĂ© de tout voir sous un regard neuf.
«Je ne sais pas pourquoi tu me donnes tant, de mon cĂŽtĂ©, jâai plutĂŽt 8 ans», me lance-t-il, et nous Ă©clatons de rire. Encore une fois, il est Ă Paris et je suis Ă MontrĂ©al, nous discutons virtuellement comme si nous nous Ă©tions vus la veille et je nâai jamais vraiment lâimpression de travailler quand je fais une entrevue avec Dany. Ni non plus de me rĂ©pĂ©ter, puisque la rĂ©pĂ©tition est impossible. Nous avançons tous les deux dans le temps, lui dans son Ćuvre, moi dans ma lecture de lui.
Il me prĂ©sente Ă lâĂ©cran son prochain projet Ă paraĂźtre, Autobiographie amĂ©ricaine dans la collection Bouquins, qui rĂ©unit pour la premiĂšre fois en un seul volume les dix livres du grand projet littĂ©raire de sa vie. Il y a quelques annĂ©es, Dany mâavait montrĂ© non seulement le manuscrit original de Comment faire lâamour avec un nĂšgre sans se fatiguer, mais aussi cette feuille jaunie du plan de Autobiographie amĂ©ricaine, et jâavais Ă©tĂ© sidĂ©rĂ©e de dĂ©couvrir que tout avait Ă©tĂ© pensĂ© chez lui avant mĂȘme dâĂȘtre publiĂ©.
« Je disais autrefois que jââĂ©crivais des livres courts parce que jââavais peur de mourir avant d’avoir fini », confie-t-il.
Quand jâai vu que jâavais dĂ©passĂ© lâespĂ©rance de vie dâun HaĂŻtien et quâil y avait une chance que ça dure, jâai repris certains livres pour essayer de les faire plus calmement. Ce nâĂ©taient pas des livres, mais des chapitres dâAutobiographie amĂ©ricaine.
Dany LaferriĂšrePour en arriver lĂ , il a fallu en effet quâil cultive un certain art de vivre, qui Ă©tait un spectacle en soi, dont jâai Ă©tĂ© parfois aux premiĂšres loges. Quand il est allĂ© se planquer Ă Miami pour Ă©crire, en passant par le tremblement de terre en HaĂŻti, jusquâĂ son accession au statut dâimmortel de lâAcadĂ©mie française, je ne me suis pas ennuyĂ©e une seule minute. Jâai toujours dit que Dany LaferriĂšre est le seul vĂ©ritable dandy que jâai rencontrĂ© dans ma vie, qui sâest littĂ©ralement fait naĂźtre par ses livres. Dâailleurs, il lâĂ©crit dans Un certain art de vivre : « Au dĂ©but, je croyais que mes livres venaient de moi pour dĂ©couvrir enfin que je viens de mes livres. » Avec son air gamin, il me dit que câest une question dâauthenticitĂ©.
« Quâest-ce qui est authentique, quâest-ce qui est vrai ? Câest quelquâun qui nous raconte une histoire et qui, cinq ans plus tard, raconte la mĂȘme histoire. Et quelquâun dit : câest la mĂȘme, donc il avait dit vrai. Câest comme ça que la police et les tribunaux travaillent aussi. Il faut que votre rĂ©cit reste consistant et authentique. » Ce parallĂšle avec la police crĂ©e un autre fou rire.
Seul un dandy peut se citer lui-mĂȘme sans nullement donner lâimpression dâĂȘtre pĂ©dant. Câest un art que celui de la citation, et Dany LaferriĂšre le pratique allĂšgrement dans tous ses livres avec les autres Ă©crivains, car il est vraiment un trĂšs grand lecteur. Je pense mĂȘme que sâil devait choisir entre lire et Ă©crire, câest lire qui lâemporterait.
« Les gens ont peur de citer les Ă©crivains, croit-il. Ils pensent que si câest un Ă©crivain que le lecteur ne connaĂźt pas, il ne voudra plus lire, ou alors ils craignent quâon dise quâils ne font que se mettre sous le parapluie de quelquâun de plus connu. Il y a toutes les raisons pour ne pas citer les Ă©crivains, mais en fait, câest que les gens ne savent pas les citer. » Aussi bien faire le boulot lui-mĂȘme avec ses propres Ă©crits !
Câest avec Borges bien sĂ»r quâil a dĂ©couvert cela. « Borges pratique lâĂ©rudition merveilleuse. Il y a des gens qui, lorsquâils citent des Ă©crivains, sâarrĂȘtent une seconde, prennent leur respiration, et ils claironnent. Vous devez vous agenouiller. Borges non, car il est dĂ©vorĂ© par les rĂ©cits des autres. Pour lui, câest un bien qui appartient Ă tout le monde, il nâa aucune jalousie, il pense que câest un cadeau des dieux et que ça ne vient mĂȘme pas de lâĂ©crivain qui lâa Ă©crit. »
Dany LaferriĂšre croit que tout Ă©crivain a sa musique propre derriĂšre ses histoires, une petite flĂ»te de Pan ensorcelante. « Jâai tentĂ© avec ce livre, Un certain art de vivre, de faire chanter cette petite flĂ»te tout en dansant, pour voir si les lecteurs vont me suivre. »
Ă bien y penser, si vous nâavez jamais lu LaferriĂšre, vous devriez peut-ĂȘtre commencer par celui-lĂ , puisquâil a Ă©tĂ© Ă©crit pour vous.
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C’est un enchantement. Par leur rigueur, leur concision extrĂȘme, l’expĂ©rience qu’ils portent, ces âfragmentsâ touchent Ă la poĂ©sie (non rimĂ©e mais comptĂ©e) et dialoguent avec d’autres poĂštes.
â Nicolas Mouton, Page des LibrairesRaymond Queneau disait qu’il n’y avait en littĂ©rature que deux familles: celle de L’Iliade et celle de L’OdyssĂ©e. Ă n’en pas douter, c’est Ă cette derniĂšre qu’Un certain art de vivre appartient. Dany LaferriĂšre se recentre ici sur les formes brĂšves. Et c’est un enchantement. Par leur rigueur, leur concision extrĂȘme, l’expĂ©rience qu’ils portent, ces âfragmentsâ touchent Ă la poĂ©sie (non rimĂ©e mais comptĂ©e) et dialoguent avec d’autres poĂštes. Ce chant d’amour est un portrait nĂ© de la gouache des mots. Tout homme perdu garde son Ithaque.
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Ce dernier fourmille de pensĂ©es plus sages les unes que les autres, issues du quotidien de l’Ă©crivain, en particulier lorsqu’il est au travail.
â Olivier Schmouker, Les Affaires
12 mars 2024La bienveillance au travail selon Dany LaferriĂšre
Q. – «J’ai fini par rĂ©aliser que mon quotidien au travail Ă©tait, au fond, plus une contrainte qu’une joie. Et ça explique sĂ»rement un grand nombre de mes dĂ©senchantements: par exemple, je ne suis pas aussi productive que je le devrais. Comment changer ça, si cela est possible?» – Lexie R. – ChĂšre Lexie, il me semble qu’une des grandes sources de l’insatisfaction au travail est l’insuffisance, voire le manque, de bienveillance dans nos activitĂ©s professionnelles. Oui, la bienveillance, cette capacitĂ© que nous avons tous Ă nous montrer indulgents, gentils et attentionnĂ©s envers autrui, mais aussi, et surtout, envers nous-mĂȘmes. Et je suis prĂȘt Ă parier que tel est votre cas, car vous ne me signalez aucun Ă©vĂ©nement ou Ă©cueil particulier susceptible d’expliquer votre dĂ©senchantement au travail.
Comment cultiver la bienveillance dans votre quotidien au travail?
J’ai une belle suggestion pour vous, je crois. Il se trouve que sort aujourd’hui mĂȘme en librairie le tout nouveau livre de Dany LaferriĂšre, intitulĂ© «Un certain art de vivre». Ce dernier fourmille de pensĂ©es plus sages les unes que les autres, issues du quotidien de l’Ă©crivain quĂ©bĂ©cois, en particulier lorsqu’il est au travail. En flĂąnant au fil des pages de ce petit livre, certaines pensĂ©es m’ont fait songer Ă vous. Je me suis dit qu’elles pourraient vous ĂȘtre utiles, vous aider Ă embrasser la bienveillance dans votre quotidien au travail. En voici un florilĂšge concoctĂ© spĂ©cialement pour vous, Lexie.
Ouvrez-vous aux tĂąches routiniĂšresBalayer est un acte
subversif
car il permet de rĂȘver.Ouvrez-vous Ă l’autre
Il ne prenait pas mon temps
comme je le craignais
il m’offrait le sien.Ouvrez-vous Ă l’amitiĂ©
Parmi ceux qui pourraient nous apprendre
des choses sur nous-mĂȘme
certains sont devenus des amis.
Les autres savent comment faire de notre vie
un vrai cauchemar.Ouvrez-vous Ă l’empathie
La seule intelligence qui vaille la peine
c’est celle qui nous permet de nous
mettre Ă la place de l’autre et de ressentir
sa douleur et son humiliation avant de
charger comme un taureau qui voit rouge.Ouvrez-vous au changement
Si on ne change pas
les autres, eux, changent
et de cette maniĂšre
nous changent.Ouvrez-vous Ă l’Ă©motion
Cette habitude de croire que notre cerveau
contrÎle tous les réseaux du systÚme
et qu’aucune information ne saurait Ă©chapper
Ă ses antennes ultrasensibles pourrait
nous aveugler sur l’essentiel.Ouvrez-vous Ă la consolation
Le petit canard est revenu
prĂšs du lac chercher sa mĂšre.
Il est intrigué par son reflet
qu’il voit dans l’eau.
Son chagrin n’a durĂ© qu’un bref instant.Ouvrez-vous Ă la douceur
Ce n’est pas parce qu’on a souffert
qu’on a raison sur tout.
Ou qu’on doit faire souffrir les autres.
Nous ne devons pas placer notre douleur
au coeur de la vie.
Elle est plutÎt sa rivale.Ouvrez-vous à la sérénité
Cette sérénité nous aide à cÎtoyer
les autres sans crispation
et non à les éviter par crainte
de se retrouver avec une version
modifiée du monde.Ouvrez-vous à la joie
Une journée est parfaite
quand on se met subitement
Ă danser avec la chaise
sur laquelle on Ă©tait assis.VoilĂ , Lexie. Ces dix pensĂ©es de Dany LaferriĂšre vont peut-ĂȘtre vous inspirer de menues modifications Ă votre quotidien au travail, et ce faisant, contribuer Ă vous ouvrir Ă davantage de plaisir et de joie chaque journĂ©e que vous passerez Ă travailler. C’est du moins tout le mal que je vous souhaite. Bien entendu, je vous invite Ă partir vous-mĂȘme Ă la pĂȘche dans les eaux sans fond du nouvel ouvrage de Dany LaferriĂšre. Qui sait? Peut-ĂȘtre y ferez-vous des prises encore plus inspirantes que les miennes.
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Sous la forme de maximes, de rĂ©flexions, de rĂȘveries ou de haĂŻkus, le romancier revisite un parcours Ă©blouissant, au cours duquel il a franchi toutes les frontiĂšres, illuminant au passage le lecteur de perles de sagesse dont lui seul a le secret.
â Yannick Marcoux, Le Devoir
16 mars 2024Observer, câest lire. Il nây a pas que dans les livres quâon lit», nous prĂ©vient Dany LaferriĂšre. Ă lâoccasion de la parution de son plus rĂ©cent titre, Un certain art de vivre, Le Devoir le retrouve justement, par la magie de la visioconfĂ©rence, Ă son poste dâobservation â ou de lecture â, dans son appartement de Paris oĂč, haut perchĂ©, il sâabreuve de la lumiĂšre qui perce la fenĂȘtre.
Il est bientĂŽt attendu au Salon du livre de Trois-RiviĂšres, qui lâaccueillera comme Ă©crivain en rĂ©sidence. En attendant, ses tĂąches hebdomadaires Ă lâAcadĂ©mie française le retiennent dans la Ville LumiĂšre oĂč, sâil faut croire tout ce quâil dit, il est en plein jeĂ»ne:«Les fauteuils sont inconfortables et la rĂ©tribution est insuffisante:câest le principe aristocratique. Mais la nourriture est excellente. Alors chaque jeudi, je mange, et le reste de la semaine, je ne mange plus.»Sur ce coup, il est ironique, bien sĂ»r, mais peut-on toujours en ĂȘtre certain ? Le regard plongĂ© au fond des choses, les mots fouillant les vĂ©ritĂ©s, mĂȘme les plus simples, pour y dĂ©couvrir une pĂ©pite oubliĂ©e, son imaginaire, Ă lâinstar de ses livres, emprunte dâĂ©tonnants dĂ©tours qui nous mĂšnent bien souvent Ă ce sourire Ă©clatant, toujours prĂȘt Ă surgir. En vĂ©ritĂ©, Dany LaferriĂšre joue sur tous les plans. Comment pourrait-il en ĂȘtre autrement, de toute façon, pour un Ă©crivain qui avoue «ne pas toujours ĂȘtre le mĂȘme»?
La forme en question
Dans Un certain art de vivre, lâĂ©crivain cherche à «savoir comment les choses sâĂ©taient passĂ©es dans «cette vie oĂč [il] nâa pas cessĂ© de bouger.»En vers libres, dans ce qui a lâapparence de chroniques brĂšves, de haĂŻkus expansifs ou de rĂ©flexions Ă lâemporte-piĂšce, Dany LaferriĂšre «dessine un autoportrait naĂŻf». Livre inclassable ? Probablement. Dany LaferriĂšre, tout en sâexcusant auprĂšs des libraires, prĂ©fĂšre naviguer pardelĂ les Ă©tiquettes:«Borges disait:âDire dâun livre que câest un roman est lâĂ©quivalent de dire quâil est rouge. Ăa ne veut rien dire.â Un livre est un objet qui est fait pour ĂȘtre lu. VoilĂ .»En discutant, dâinvolontaires dĂ©finitions en tracent nĂ©anmoins les contours:«Chaque petit texte est tellement complet, autonome, presque, mĂȘme si reliĂ© au reste, que ce sont des microrĂ©cits. Je voulais faire un livre qui paraĂźt mince, mais qui est trĂšs chargĂ©.» RĂȘveries, sagesse et candeur se cĂŽtoient dans un style limpide, mais, pour lâĂ©crivain, cette parade lĂ©gĂšre rĂ©vĂšle une tension rĂ©volutionnaire:«Pour moi, il faut que ce soit totalement classique, et rĂ©volutionnaire. Je prends une langue absolument classique. Et lâidĂ©e rĂ©volutionnaire, câest que la langue est si classique quâelle nâest pas vue. Le chemin des mots est celui du lecteur, on lit les mots sans les reconnaĂźtre, mais Ă la fin, ils ouvrent une fenĂȘtre sur un nouveau paysage.»Et en effet, lorsque se referment ces quelques vers qui forment un tout, on reste un moment devant cette fenĂȘtre ouverte, la pensĂ©e errante. Le texte, aĂ©rĂ©, semble dâailleurs nous inviter Ă ce flottement hors du monde. «Il faut tenir compte, en Ă©crivant, du fait que le lecteur arrĂȘte parfois de lire sans toutefois fermer le livre. On doit Ă©viter de parler par-dessus son silence», Ă©crit-il.
Loin de la verve enfiĂ©vrĂ©e de certains de ses romans, on pourrait croire que ce style dĂ©cantĂ© serait la somme dâune vie Ă Ă©crire. Ces chroniques brĂšves ne sont cependant pas sans rappeler Chronique de la dĂ©rive douce (VLB Ă©diteur, 1994), et dâailleurs, lâacadĂ©micien admet que ce souffle est, depuis toujours, en germe dans son Ă©criture:«Bien sĂ»r, câest une forme singuliĂšre. Mais quand jâai reçu le MĂ©dicis, Ă Port-au-Prince, on mâa offert, en guise de cadeau, lâensemble de mes articles publiĂ©s quand jâĂ©tais en HaĂŻti, et câĂ©tait dĂ©jĂ lĂ . Jâavais 1920 ans, câĂ©tait moyen, peut-ĂȘtre, mais câĂ©tait dĂ©jĂ lĂ .»
Lâamour en un nom
Cette libertĂ©, que lâĂ©crivain nâa jamais cessĂ© de revendiquer et dâincarner, reprĂ©sente un terrain de jeu oĂč se rĂ©inventer, une assertion aussi vraie pour lui que pour son lecteur:«Sentir quâil y a tout un monde en dessous de ces trois lignes. Savoir quâon peut refaire lâamĂ©nagement de ce livre complĂštement. On pourrait enlever les titres des chapitres, mettre toutes ces chroniques dans un chapeau, et en tirer un tout autre rĂ©cit.»Si la sĂ©quence des chroniques peut sembler arbitraire, un rĂ©cit traverse nĂ©anmoins le livre:celui dâun homme ayant trouvĂ© refuge Ă BornĂ©o pour encaisser le dĂ©part de Hoki. «Je cherchais une façon de dire lâamour, et jâai remarquĂ© que les gens qui sont dans la rĂ©alitĂ© de lâamour ne sont pas dans le discours», nous confie-t-il, ajoutant que le surgissement de Hoki suffit Ă nourrir des sentiments puissants et universels. «Et ce nom peut devenir douleur. Ce nom, câest un monde. Toute la puissance magique rĂ©side dans le nom. On nâa quâĂ lâappeler et lâespace est habitĂ© immĂ©diatement.Ȉ travers ce personnage, il admet avoir voulu «éviter les questions de races, de classes et de frontiĂšres», ne sombrant ainsi jamais dans le folklore:«Hoki nâest pas HaĂŻtienne ni Japonaise, elle nâest pas vieille ni jeune, câest lâamour. Câest Hoki. Et tout le monde peut sây reconnaĂźtre, parce quâil nây a pas de description. Câest une esquisse.» Et pourquoi BornĂ©o ? En fait, BornĂ©o, Ă lâinstar de Hoki, fait surgir un rĂȘve, des images et des Ă©motions qui ne se matĂ©rialisent pas concrĂštement:«Je lisais un livre que jâaime beaucoup de Pablo Neruda, Jâavoue que jâai vĂ©cu, et dans lequel il raconte quâil avait Ă©tĂ© conçu Ă BornĂ©o. Jâavais envie de vivre dans le son de ce nom:BornĂ©o. Et puis, jâaime citer les endroits que je ne connais pas. Je les habite plus facilement. Je les invente. Je peux en faire ce que je veux, en somme. Je nâai pas dĂ©crit BornĂ©o, parce que lorsquâon connaĂźt, on nâa pas besoin de dĂ©crire. Et prĂ©cisĂ©ment, je fais semblant de connaĂźtre en ne dĂ©crivant pas.»La lumiĂšre grisĂ©e de Paris va se perdre derriĂšre lui, vite avalĂ©e par les couleurs de quelques grands formats, accrochĂ©s sur les murs, dâillustrations tirĂ©es de ses romans dessinĂ©s. Ă la tombĂ©e du jour, il nous invite Ă nous mĂ©fier «du cĂŽtĂ© gauche de la nuit»puis, toujours rieur, il nous propose de considĂ©rer les bienfaits que lâhumain tirerait de revenir Ă une posture Ă quatre pattes. Plus sĂ©rieux, il nous explique comment «lâĂ©motion annule le temps», puis chante les louanges de la culture:«Lâindividu, mĂȘme nu, mĂȘme en prison, mĂȘme abattu, se tient debout dans son imaginaire. Et lĂ , il est indestructible.»Il faudrait un espace vaste comme ce BornĂ©o imaginĂ© pour en faire la dĂ©monstration ou, plus concrĂštement, la densitĂ© dâun livre comme Un certain art de vivre. En attendant, Ă ceux et celles qui espĂšrent rĂ©vĂ©ler le mystĂšre Dany LaferriĂšre grĂące Ă cet «autoportrait naĂŻf», celui-ci rappelle, indirectement, quâil nâest pas besoin de tricher pour faire sauter les rĂšgles du jeu:«Non, lâidĂ©e dâĂ©crire sous un autre nom de plume ne mâest jamais venue. Borges dit que le plus sĂ»r labyrinthe, câest la ligne droite. Je pense finalement que je me cache plus facilement sous mon propre nom.» Borges disait:âDire dâun livre que câest un roman est lâĂ©quivalent de dire quâil est rouge. Ăa ne veut rien dire.â
Un livre est un objet qui est fait pour ĂȘtre lu.
VoilĂ .
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JâĂ©cris plutĂŽt pour retrouver les autres en moi. Bien sĂ»r quâil y a une part de moi ici et lĂ , mais elle est moins forte quâon ne pourrait le croire.
â D L, propos recueillis par LĂ©a Harvey, Le Soleil
21 mars 2024Le «parcours inattendu» de Dany LaferriÚre
Ăcrivain prolifique et lecteur chevronnĂ©, Dany LaferriĂšre a osĂ© sâarrĂȘter un moment pour observer ce qui jalonne son parcours. Dans son nouveau livre, Un certain art de vivre, lâacadĂ©micien offre poĂšmes et courtes rĂ©flexions sur ses cinquante annĂ©es dâĂ©criture. Comme une fenĂȘtre ouverte sur tout le chemin parcouru depuis le dĂ©but de sa carriĂšre.
Il ne faudrait toutefois pas se mĂ©prendre⊠Un certain art de vivre ne recĂšle pas dâanecdotes croustillantes ni mĂȘme de nouveaux Ă©lĂ©ments autobiographiques.
En littĂ©rature, il faut faire la nuance entre lâauteur et le narrateur. «En particulier dans mes romans», rappelle Dany LaferriĂšre en riant.
«JâĂ©cris plutĂŽt pour retrouver les autres en moi. Bien sĂ»r quâil y a une part de moi ici et lĂ , mais elle est moins forte quâon ne pourrait le croire.»
En entrevue au Soleil, le cĂ©lĂšbre Ă©crivain en convient tout de mĂȘme : «ce dernier livre est en effet une fenĂȘtre sur mon parcours inattendu, celui dâun homme du sud devenu un homme du nord, celui dâun fils du soleil devenu un enfant de la lune. TrĂšs peu de gens, jâen suis conscient, ont franchi de telles frontiĂšres.»
Lâauteur de 70 ans, dont la vie aurait pu prendre «dix autres chemins diffĂ©rents», se dit dâailleurs particuliĂšrement fier dâavoir traversĂ© ces «frontiĂšres».
«Je suis fier dâhabiter MontrĂ©al depuis si longtemps et dâĂȘtre devenu une rĂ©fĂ©rence pour lâhiver en France ! [âŠ] Câest quand mĂȘme pas mal de changer de mĂ©tabolisme, dâĂȘtre un homme de sud et de devenir un homme du nord, de pouvoir parler de lâhiver avec compĂ©tence», soutient celui qui a lancĂ© sa carriĂšre dâĂ©crivain avec Comment faire lâamour avec un nĂšgre sans se fatiguer (1985).
Et du cÎté de la littérature ?
«On avance dans lâobscuritĂ©. [âŠ] De temps en temps, il y a quelque chose qui arrive et qui illumine tout le reste, mais ça sâĂ©teint rapidement aussi», note humblement lâĂ©crivain, reçu Ă lâAcadĂ©mie française en 2015.
Une «magnifique aventure»
Dâabord journaliste, puis Ă©crivain, Dany LaferriĂšre qualifie somme toute ses cinquante ans dâĂ©criture comme une «magnifique aventure». Ce dont tĂ©moigne Un certain art de vivre au fil de ses 144 pages.
AprĂšs tant de dĂ©cennies et de multiples pĂ©ripĂ©ties, le romancier estime «avoir accompli un des plus vieux rĂȘves humains, celui dâĂȘtre un homme complet». Non pas parce quâil croit avoir tout vu ou tout accompli, mais bien parce quâil a lâimpression de «pouvoir tout faire».
«Les gens sont prĂȘts Ă tout de notre part. Il ne suffit quâĂ avoir un peu confiance en nous.»
«Vous savez, une grande partie de notre Ă©ducation nous apprend Ă rester Ă notre place, Ă faire ce quâon a Ă©tĂ© appelĂ© Ă faire et Ă ne pas aller sur dâautres terrains. Mais, de plus en plus je vais sur dâautres terrains et jâaime ça», affirme celui qui publie dorĂ©navant des histoires quâil illustre lui-mĂȘme et quâil Ă©crit Ă la main.
«Les beautés de la vie»
Ce nâest pas un hasard si Dany LaferriĂšre dĂ©die Un certain art de vivre à «tous ceux que je croise, ici et lĂ , qui sâĂ©tonnent gracieusement de ne mâavoir jamais lu et me promettent de le faire dans une autre vie». Ce nouvel ouvrage flirte avec plusieurs thĂšmes qui sont chers Ă ses autres Ćuvres.
Alors quâon y retrouve entre autres son humour et son affection pour Borges, il est aussi beaucoup question de lâenfance. Une pĂ©riode de la vie qui lâĂ©meut particuliĂšrement parce quâelle sâancre dans le prĂ©sent.
«Je ne fais quâespĂ©rer retrouver ce temps bĂ©ni. Seul lâart me permet, de temps en temps, de toucher Ă une pareille intensité», partage lâauteur, qui entretient sa capacitĂ© de sâĂ©merveiller.
Au fil des ans, Dany LaferriĂšre a dâailleurs conservĂ© cette sensibilitĂ© face Ă ce qui lâentoure. Comme, Ă la fenĂȘtre, le matin, «lorsquâil observe les premiers mouvements de la ville» et Ă©coute «le chant pur dâun oiseau sur une branche» ou encore, en fin de journĂ©e, devant «un crĂ©puscule sanglant qui titube derriĂšre lâhorizon».
Selon lui, cette facultĂ© habite dâailleurs la plupart des gens : «je crois que câest trĂšs difficile Ă tuer en nous. Les gens croient que la capacitĂ© de sâĂ©merveiller part avec le temps, mais pas du tout. Pour ne plus sâĂ©merveiller, il faut vraiment bouder dans son coin pendant longtemps !»
Câest en partie cette aptitude qui fait dire Ă Dany LaferriĂšre que vivre est un art.
«TrĂšs peu de gens parviennent Ă vivre sans tenter, dâune maniĂšre ou dâune autre, de lâembellir. [âŠ] Il faut en faire un art selon nos possibilitĂ©s. Sinon nous abreuver de toutes les beautĂ©s de la vie», estime sagement lâĂ©crivain.
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Câest un parler simple et naĂŻf, Tel sur le papier quâĂ la bouche ; Un parler succulent et nerveux, Court et serrĂ©, Non tant dĂ©licat et peignĂ© Comme vĂ©hĂ©ment et brusque.
â JosĂ©e Blanchette, Le Devoir
22 mars 2024Apprendre Ă ne rien faire est un art, comme lâart mĂ©nager, les arts dĂ©coratifs, tous sous-estimĂ©s. Le dernier LaferriĂšre ne sâintitule pas Un certain art de vivre pour rien et il commence par «Lâart de vivre Ă lâhorizontale». Jâai un faible pour lâhorizontalitĂ©, elle nâa pas de prix. Si vous ĂȘtes un disciple de Pierre-Yves McSween, vous allez trouver que câest un mauvais rapport quantitĂ©-prix:le tiers du livre de 135 pages est composĂ© de blancs, de silences. Câest beaucoup dâarbres qui se taisent.
Deux-trois phrases par page, comme de la poĂ©sie, mais en prose, de lâespace pour se reposer les yeux. Jâai lu Ă lâenvers, puis Ă lâendroit, câest pareil. Ăa se lit nâimporte comment. Câest un rapport au temps (et au rendement) qui tient Ă la fois du rebelle caribĂ©en, de lâenfance qui jonche le sol et de la vieillesse quâon entrevoit dĂ©jĂ par la fenĂȘtre. Et on ne sait toujours pas qui est Dany LaferriĂšre ; jâai toujours lâimpression quâil se paye un peu notre gueule.
«Tout va toujours trop vite mĂȘme si jâai tout mon temps dâailleurs je nâai que ça et câest quand on nâa rien Ă faire que le temps est prĂ©cieux» LĂ oĂč LaferriĂšre nous apprend Ă vivre, câest en disant «nonȈ presque tout. JâĂ©pouse cette sagesse doucement. Elle me rĂ©jouit.
«Aujourdâhui, Ă soixante-dix ans, je rĂ©ponds non Ă tout.
Il mâa fallu prĂšs dâun demi-siĂšcle pour retrouver cette force de caractĂšre que jâavais au dĂ©but. La force du non. Se tenir debout derriĂšre son refus. Presque rien qui mĂ©rite un oui. Trois ou quatre choses au cours dâune vie. Sinon il faut rĂ©pondre non sans aucune hĂ©sitation.»Juste pour quelques phrases, un livre vaut la peine dâĂȘtre lu. Un Ă©crivain Ă©pure. (Et au photographe:les bananes et les tomates sont de trop sur la couverture ; le verre de rouge suffisait. Le mieux est lâennemi du presque rien.)
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L’admirateur de Borges insiste sur l’importance du savoir, seul vĂ©ritable outil du dĂ©veloppement de l’esprit critique.
â Yasmina Jaafar, Franc-Tireur
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Une sĂ©rie de rĂ©flexions, chroniques, haĂŻkus au parfum nostalgique, Ă l’accent drĂŽle, enveloppĂ©s de tendresse ou frappĂ©s de sagesse. Un parcours de vie et une « simplicitĂ© proche de l’enfance
â La Montagne
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Un formidable écrivain.
â France Inter
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Ăloge de la naĂŻvetĂ©, de la paresse, de la sieste, du cafĂ©, du rhum, de la lecture, dâune pensĂ©e vagabonde, de lâĂ©loignement amoureux et de lâexil pour cĂ©lĂ©brer une vie Ă lâĂ©cart, Ă Ă©crire.
â Marc Verlynde, La ViduitĂ©
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Aussi drĂŽle que provocateur.
â LâĂcho (Belgique)
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Il y a quelque chose dâapaisant dans le livre. Dâabord dans la façon dont câest Ă©crit. Câest aĂ©rĂ©, câest espacĂ©. Câest aussi lâoccasion pour le lecteur de prendre son temps.
â Paul Arcand, Puisquâil faut se lever (98,5 FM)
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Câest un vrai dĂ©lice! [âŠ] On peut y plonger et y replonger comme dans une baignoire.
â Patrick Masbourian, Tout un matin (ICI PremiĂšre)
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Autant de maximes, de rĂ©flexions commentĂ©es, de rĂȘveries graves et drĂŽles qui nous emportent sur les traces de son enfance, de ses livres, de son exil haĂŻtien. Et d’une pensĂ©e toujours en mouvement.»
â Interview avec Simon Brunfaut, LâĂcho
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Il invente une autre maniĂšre dâĂ©crire, une autre maniĂšre de faire des livres. Ses ouvrages prennent des chemins de traverse, font bouger les lignes, nâappartiennent pas clairement Ă un genre littĂ©raire prĂ©cis.
â Georgia Makhlouf, LâOrient littĂ©raire
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Pour les fans de lâauteur, comme pour ceux qui souhaitent sâaventurer dans son Ćuvre pour la premiĂšre fois.
â Marie-France-Lou Lemay, La Presse
9 juin 2024
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On y trouve une allusion Ă un chagrin dâamour, un Ă©loge du balayage, des angoisses nocturnes, DostoĂŻevski, Borges, des pierres et un saumon. La mĂ©lancolie y est Ă©lĂ©gante et retenue, ça frĂŽle la drĂŽlerie.. Le lecteur peut baisser les armes et savourer le verbe, il est en territoire ami.
â InvitĂ© au micro dâEva Bester, Le Grand Canal de France Inter
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âCe n’est pas parce qu’on est en mouvement qu’on fait quelque chose de constructifâ. Un entretien prĂ©cieux autour dâun livre formidable que je recommande chaleureusement
â InvitĂ© au micro dâAli Baddou, La Matinale de France Inter
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Sous forme de Haïkus, de petites notes autobiographiques, intimes, érotiques, politiques et humoristiques.
â Jean-Baptiste Urbain, Musique matin de Radio France
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Dany LaferriĂšre est un formidable Ă©lectron libre qui nous fait voyager avec ce livre idĂ©al quand on court dans tous les sens ou quand on manque dâĂ©nergie. On picore ici et lĂ . On dĂ©guste. Le livre parfait Ă offrir en cadeau
â InvitĂ© au micro dâEmmanuel KhĂ©rad, La librairie francophone de France Inter
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Une rĂȘverie rĂ©trospective que commente Dany LaferriĂšre, de lâAcadĂ©mie française, au micro de Marie Cathelin.
â Podcast disponible en ligne sur le site de Canal AcadĂ©mie
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Câest un livre, mais câest aussi une attitude Ă avoir dans la vie.
â InvitĂ© Ă lâĂ©mission dâAlban BarthĂ©lemy, Points de Vue, Le Figaro TV
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Dany LaferriÚre a écrit un livre qui aura pris plus de temps que tous les autres, car il les contient tous
â InvitĂ© Ă lâĂ©mission dâAmbre Gstalder, lâActuTalk de TV Monaco
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